Paire de petites plaques en verre églomisé
- Description
- Histoire
France, XVIIIe siècle
Or, argent et pigments rouges sur plaques de verre églomisé
Métal doré, ciselé et ajouré
Plaque aux rideaux jaunes :
Hauteur : 15 cm – 6 inches
Hauteur (avec cadre) : 18 cm – 7 inches Largeur : 11,8 cm – 4 2⁄3 inches
Largeur (avec cadre) : 14,5 cm – 5 3⁄4 inches
Plaque aux rideaux rouges :
Hauteur : 15 cm – 6 inches
Hauteur (avec cadre) : 18 cm – 7 inches Largeur : 11,2 cm – 4 1⁄3 inches
Largeur (avec cadre) : 14,5 cm – 5 3⁄4 inches
Exemple comparable :
- D’après Jean-Baptiste ou Antoine Monnoyer, Paire de verres églomisés, première moitié du XVIIIe siècle, collection particulière.
Ces deux plaques en verre églomisé à fond noir représentent chacune un majestueux bouquet de fleurs posé sur une table console en bois doré et plateau de marbre blanc, devant l’embrasure d’une fenêtre ouverte. Les tables consoles sont placées devant un mur à l’effet marbré rouge. D’imposants rideaux damassés rouges à fils d’or, servant d’élément repoussoir, encadrent chaque nature morte. Les deux compositions similaires en apparence diffèrent néanmoins dans les détails. Sur la première plaque, dont l’embrasure de la fenêtre ouverte est visible à droite de la composition, le bouquet principalement doré est placé dans une corbeille, trônant sur une table console semblant être d’époque Louis XIV, d’après le sommet des pieds caractéristiques des pieds balustres. La seconde plaque présente une composition symétrique à la première, l’embrasure de la fenêtre étant visible à gauche. Le bouquet de fleurs est disposé, en revanche, dans un vase en verre, placé sur une table console plus tardive, d’époque Régence, d’après les masques au sommet des pieds en console. Ces plaques en verre églomisé sont remarquables par la richesse de leur composition et de leur polychromie, mêlant une variation de teintes rouges, des rehauts de blanc et des motifs à la feuille d’or. Chaque tableau miniature est disposé dans un cadre en métal doré, ciselé et ajouré.
La technique du verre églomisé
Apparue dès l’époque romaine, la technique de l’églomisé est une catégorie particulière de la peinture sur verre. Elle consiste à décorer une plaque de verre sur son revers travaillé, au moyen de dorure ou de différentes couleurs. Les contours des motifs sont dessinés avec un crayon d’agate, puis le décor est appliqué. On ne le fixe pas à la chaleur mais on le protège, par une autre plaque de verre, une couche de vernis ou une couche de tain.
Le procédé fut employé de nombreuses fois au Moyen Age et à la Renaissance. Cette technique est remise à l’honneur par Jean-Baptiste Glomy (1711-1786), marchand d’estampes, dessinateur, graveur et expert des ventes à Paris au XVIIIe siècle. Associé au marchand Helle, il publie un catalogue raisonné des eaux fortes de Rembrandt. Glomy utilise notamment ce procédé pour encadrer ses gravures en les cernant d’un filet d’or, donnant par la suite son nom à la technique du verre peint à l’or.
La technique de la peinture sous verre, ou à travers le verre devrait-on dire puisque le sujet est vu en transparence, est en elle-même déjà un énorme défi. L’artiste est obligé d’inverser le processus de création, c’est-à-dire de l’avant-plan vers l’arrière-plan, ou encore, des éléments de détails vers le fond mais l’erreur n’est pas autorisée car impossible d’apporter au sujet sur verre une quelconque correction.
Le motif du bouquet de fleurs
Bouquets et corbeilles de fleurs sont un motif récurrent de l’histoire de l’art. Déjà connu en mosaïque dans l’Antiquité, il change de dimension à la Renaissance avec les vanités peintes dans les écoles du Nord. Œuvres allégoriques invitant à réfléchir sur la fragilité de la vie humaine et la fatuité des attachements humains, les vanités recourent aux fruits et fleurs comme symboles du temps qui passe. Traités au naturel, ils bourgeonnent et meurent sur la toile dans un mélange de couleurs vives, d’ombres et de lumières qui se veulent autant objets moraux que prouesse plastique, en témoigne notamment l’huile sur cuivre attribuée à Ambrosius Bosschaert (inv. RF 1984 150) exposée au Louvre. Les maîtres flamands excellent dans ce genre pictural durant le Siècle d’or.
Au début du XVIIIe siècle, les bouquets et corbeilles de fleurs abandonnent progressivement leur caractère symbolique au profit de leur qualité décorative, bien que le langage des fleurs soit encore utilisé régulièrement dans les tableaux. L’intérêt pour les paysages naturels aménagés, tels qu’on les trouve dans les jardins à la française sublimés à Versailles, se développe avec les progrès de la botanique. Les serres et jardins d’hiver abritent en toutes saisons des fleurs exotiques et européennes que l’on assemble en bouquets, comme un prolongement des jardins dans les intérieurs. Parallèlement, les arts décoratifs emplissent les décors de fleurs artificielles, modelées et peintes d’après nature. Celles-ci se déploient alors sur tous les supports : marqueteries, services de table et sculptures en porcelaine (Jean-Claude Duplessis, Claude Le Boitteux, Bouquet de la Dauphine, 1748, Dresde, Staatliche Kunstammlungen, inv. PE 707), tableaux miniatures en matériaux rares et divers (mosaïque, nacre, coquillages) ou en tapisserie... On les retrouve notamment sur les petits objets précieux telles que les montres, les tabatières, et les fixés sous verre comme les verres églomisés.
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, Victor Vispré, membre de la confrérie des peintres de La Haye, s’illustre d’ailleurs comme peintre de natures mortes sous verre. Ses œuvres, purement esthétiques, sont fort appréciées à Paris. Sébastien Le Clerc, peintre du Roi, en possède deux, la marquise de Pompadour une, Augustin Blondel de Gagny deux également.
Ces plaques en verre églomisé sont remarquables par leurs compositions rappelant les natures mortes florales disposées dans des niches de l’École du Nord du XVIIe siècle et leur polychromie chatoyante.
Comme de véritables petits tableaux, ces deux plaques de verre églomisé décrivent de riches scènes d’intérieur. Dans un jeu de symétrie, un appartement finement décoré est décrit : de somptueux damas garnis de passementeries encadrent la scène, à l’image des intérieurs les plus raffinées du temps. Disposées sur de riches consoles très finement sculptées, à l’image des productions contemporaines des plus grands menuisiers, ces bouquets prennent place dans des intérieurs typiques du siècle des Lumières.
Bibliographie
- F. Sydney Eden, « Verre églomisé », The Connoisseur, n° 32, juin 1932.
- Rudy Eswarin, « Terminology of verre églomisé », Journal of Glass Studies, Vol. 21, 1975.
- Jeannine Geyssant, « Verre, éclat et lumière fascination et charme des peintures sous verre », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n°18, 2009. pp. 50–56.
- Jeannine Geyssant, Berno Heymer, « L’énigme des frères Vispré, peintres sous verre au XVIIIe siècle », L’Estampille–L’Objet d’Art, n°442, janvier 2009, p. 46–53.
- Paul Guth, « Toute la vérité sur le verre églomisé », Connaissance des Arts, n° 66, août 1957, p. 28.
- W.B Honey, « Gold engraving under glass », The Connoisseur, n° 92, décembre 1933.
- Julia Weber, David Babin, « La porcelaine au service de la diplomatie. Les échanges de présents entre Dresde et Versailles », in Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, n°16, 2007, pp. 51–56.






